Bon, un jour fallait qu'il soit remis sur pied. Ce jour est arrivé. A cinq jours de la Saint Silvestre, j'honore ce blog perdu dans la masse. Ainsi j'ai décidé, puisque la méthode précédente n'a pas marché, de vous offrir au moins une nouvelle par mois minimum. Celle-ci marque un nouveau départ. (Enfin plutôt une nouvelle arrivée, puisqu'un choix c'est l'acheminement de mûres réflexions)
Préface :
Voici un texte qui peut porter un peu à confusion. Cela ne reflète en aucun cas mes idées politiques. Et le titre est repris des premiers mots du texte.
Une Feuille Blanche :
Une feuille blanche, vide, dénuée de sens, perdue, était remplie par une plume noir, sombre et glacée. La faible lumière de la lampe ne permettait pas de lire ce qu’il y avait d’écrit et ce qui était en train de se mettre en forme. L’encre noire se déplaçait, créant des lettres, des mots, des virgules, des phrases, des points. Tout s’alignait, chaque mot invisible s’alliant à un autre. Le texte était illisible. Ses sombres phrases perdues dans les ténèbres, ses mots gris gelés dans le froid de la nuit.
Ce mode de travail, pouvant faire penser à une personne distante, reflétait bien la personnalité de l’écrivain. Personne ne voulait véritablement lui parler. Il ne voulait voir personne, n’aimait personne, rejetait toute personne, les trouvait tous incapables, inintelligents. Ils étaient malsains. Dégoûtants, ils s’amusaient, ils riaient, et ne voyaient pas la vie sous un angle réel. L’idée que nous nous trouvons dans un monde pauvre et agonisant ne les affectait pas. On pourrait bien dire : « Il faut sortir de cette impasse, sauvons la planète », il faudrait déjà sortir du guet-apens dans lequel on s’est enfermé. – Regardez ces hommes, incrédules, prononçant quelques discours improbables, peinant à illuminer leurs mots avec des gestes presque obsessionnels, amassant échec sur échec. Voyez comment ils s’adonnent à des voyages à des milliers de sous, faisant souffrir un petit peu plus la planète. Admirez leur salaire malhonnête, dix fois plus important que le vôtre. Observez leurs habits, ministres de l’économie du monde, assassinant des enfants par le travail forcé, payés pour trois pièces, accueillis dans les bras de ces politiciens pour des milliers. Trouvez-vous cela normal qu’ils vivent dans le luxe pour prononcer trois phrases ? C’est ça, la démocratie et le capitalisme ? Je ris de ces termes ridicules. – Ses yeux étaient noirs.
Il avait une manière bien étrange d’écrire : d’abord des feuilles sans lien, il les rassemblait ensuite. Il n’y avait pour lui aucune logique, mais après relecture, on pensait de chaque page pouvait s’allier à une autre. « L’hymne d’un poète », disaient les journaux. L’éditeur se frottait les mains. A force de voir l’argent récupéré par cet homme qui avait accepté un jour publier une seule nouvelle, dans un recueil spécialement pour les débutants, que sa haine pour la société avait grandi en lui. Ils ne pensent pas, ces critiques, que les romanciers ne reçoivent qu’une parcelle de l’argent gagné par la vente d’un livre, comparé à eux qui, en sept lignes, gagne une centaine d’euro, ou comparé aux éditeurs qui pour eux l’argent est une pluie de billets.
Ses trois romans, le dernier lauréat du prix Goncourt, ne ressemblaient qu’à un tas de paperasse. Son regard méprisait ces trois ouvrages dès qu’il les voyait. Vendus chacun à plus de quinze millions d’exemplaires dans le monde. « Le plus méprisant, ce sont ceux qui l’ont achetés, une nullité pareil... Une histoire simpliste, prévisible, et sans aucun intérêt. Et de surcroît, ils attendent la suite. »
Ses textes relatent des histoires féériques : « Une plaine de verdure, souillée par le sang et le fer. Tout ça pour un traité de paix. Détestable. Immature. Dans chaque camp, une pluie de joie, et une danse de désaccord. Un brin de rébellion. Une rage froide. Chacun pensaient que l’autre l’avait blessé. Une guerre sans issue sauf la mort. » Tout avait l’air irréel, superficiel. Horripilant.
L’auteur éteignit sa lampe. Rien ne transperçait le calme ténébreux. La brume empêchait tout contact avec le bruit. Le monde était coupé en deux : la pièce et le reste. L’auteur pensait peut-être que son lieu de travail, dans la pénombre, avait un ordre précis, quelque chose qui suivait le reste et qui restait inerte alors que l’extérieur ressemblait plus à un bordel, avec les vices nombreux y étant attachés.
Avec un élan forcé, comme une obligation, l’homme appuya sur l’interrupteur de la lampe et intensifia la luminosité. Il regardait son écrit, avec un sourire aux lèvres. Il ne lisait pas, il n’en avait pas besoin. C’était impossible ! La feuille était blanche. L’écrivain déposa sa plume sur le manuscrit disparut et partit en direction de la sortie de ce monde fermé. Lorsqu’il ouvrit la porte, son sourire se perdit. La feuille resta vide.
Il y a 9 ans