Je vous propose une nouvelle. Donc pour ceux qui veulent un texte plus sérieux que le précédent, vous allez être servis.
Je vous laisse déguster ce texte de cinq cents mots.
La Marche :
Toujours j’ai aimé cette marche. Lente, calme. Jamais elle ne fait précipiter le cours des choses, jamais elle ne nous oblige à courir. Jamais. Mais toujours elle reste, elle persiste. Toujours elle est derrière toi à te suivre, à te poursuivre. Certaines gens ne l’aiment pas, d’autres au contraire, souhaitent la rencontrer. Moi, je trouve qu’elle donne un air à la fois mystérieux et grave, comme si elle demandait de venir vers elle. Elle supplie même de rester.
Quand je marche dans son sentier, j’ai une impression de froideur. Des frissons glacials inhabituels électrisent mon corps longuement. De sombres ombres traversent rapidement la route de temps en temps, comme s’ils avaient peur d’être attaqués, d’être tués, ou même, de brûler. Ils fuient tels des serpents rampants vers les ténèbres, se cachant de l’éclat de la source. Je les admire perdre la raison lorsqu’ils voient les rayons traversant le chemin. J’aime la folie qui habite en eux, qui habite en moi. Qu’ils soient de raison, ou de folie, les grains s’écoulent dans le sablier. Ils s’écoulent, sans qu’on les voie passer, ils disparaissent, sans qu’on les voie passer, mais ils existent, même si on ne les voit pas, passer. Et vous, les voyez-vous ?
Je retrouve ces monstres cachés dans l’ombre des arbres, ceux que l’on trouve le long de cette monotone route, cette marche. Ils murmurent d’étranges hurlements, prononcent des mots indiscernables comparés aux plaintes du vent qui siffle dans mes oreilles de stridents bruits. Ce vent faiblit. Il perd sa force, sa puissance, voire son courage. Il en pleure. La voie de la vieillesse est plus dure à supporter que le souffle jeune d’un nouveau-né. Mais la brise matinale peut aussi se trouver violente, déracinant les arbres, volant le pollen, secouant les ruches, invoquant les esprits criards, mais surtout mortelle, emportant les âmes en peine, gelant les corps inertes. Douce et calme, forte et dure, l’entendez-vous, cette voix ?
En voyant ces vers noirs nager dans la terre fertile en face de moi, j’ai voulu m’approcher de l’un d’eux. Aucun ne se laisse prendre par mes frêles mains, de peur de ne plus connaître la liberté, la liberté de fuir. Mais l’un d’eux m’a permis de le prendre. Craintif, je me suis approché lentement. Arrivé en face de lui, je me suis baissé. Accroupi, j’ai tendu ma main gauche vers lui. Je l’ai touché. Je l’avais touché. C’est là qu’une triste émotion emplit mon cœur, mon corps. Je n’ai plus bougé, rattrapé par le temps que je ne vois pas, par les rugissements du vent que je n’entends pas, par la marche qui s’est terminée.
Je suis aveugle, et sourd depuis peu. Pourtant, chaque jour j’entends cette musique répétitive, presque monotone, qui me réconforte. Je n’éprouve plus rien, excepté les sensations que me procure cette musique. Je me lève, pour marcher, une dernière fois, vers elle, cette femme sans rondeur, squelettique, qui se présente à moi, avec un grand sourire, faux.
Il y a 9 ans