Nouvelle de Février : Perle de Lune

Le mois de Février arrive très vite à son terme, et c'est au beau milieu de celui-ci que je vous offre cette nouvelle. Elle n'est pas encore corrigée par mon correcteur, mais j'espère que les erreurs probables ne vont pas gêner à la lecture, et toutes insultes à ce niveau-là seront prises en compte.
Cette dernière nouvelle est apparue dans mon esprit alors que je devais continuer la suite d'une histoire totalement fantastique. J'ai préféré ici jouer la carte de la nouvelle pour raconter la suite, et donc ne pas m'empêtrer en ajoutant des textes inutiles à l'histoire. C'est aussi un beau moyen d'entraîner son style, puisqu'il joue énormément sur la recherche et l'approfondissement du texte. Je ne vous fait pas attendre plus longtemps :


Perle de Lune

Assis au bord d’une rivière sur un rocher, un jeune homme regardait l’eau s’écouler. La nuit engloutissait déjà cette forêt alors que l’on était encore à l’aube de l’invasion des ténèbres. Il y faisait encore un peu clair à l’endroit où se trouvait le garçon, juste assez pour pouvoir encore discerner son visage.

C’était un visage accablé. Sous ses yeux des cernes noirs, qui ne sont sûrement pas dues qu’à un manque de sommeil. Elles recouvraient peut-être le désarroi du doute. Son regard était bleuté, bien que quelques rayons grisâtres s’y ajoutassent. On pouvait croire qu’il admirait les profondeurs de la rivière, mais en réalité, il contemplait son visage, ou plutôt le reflet que lui offrait l’eau. Les ténèbres avaient déjà avalé la moitié de ses traits. Il ne restait plus qu’un œil, quelques uns de ses cheveux bruns ondulants et sa joue. La joue comportait un détail flagrant : une marque rouge s’y trouvait. Un peu de sang. Pourtant, l’éphèbe ne semblait pas s’être battu et ne portait pas de blessure à sa joue. Que cette trace de sang signifiait-elle ? L’adolescent porta sa main à sa joue. Le toucher était difficile, non pas parce que sa fine barbe piquait, mais parce que dans cette empreinte existait un souvenir difficile.

La vie du jeune homme n’était pas très joyeuse. Une vie entre plusieurs guerres, même lorsque l’on est adulte de vingt-et-un an, est très délicate. La vision de la guerre est insupportable, mais l’épouvantable vient surtout du fait de vivre la guerre. Ce qu’il a vu, peu de personnes ne l’ont vu, mais il n’était pas fier de ce qui faisait de lui un homme particulier.
La guerre est une chose affreuse, terrifiante. Cette marque sur sa joue se révèle que cette trace de cette troublante rencontre. La guerre est comme une mort s’amusant à retirer l’âme à de centaines de « victimes ». Victimes de quoi ? De l’idiotie de la société, de ces injustices que l’on formule même dans les lois, s’il y en a, car ces régimes totalitaires ne sont guère mieux, mais plutôt pire que les gouvernements. Le plus à insulter resterait surtout cet équilibre créé autour du déséquilibre. L’idée même de pouvoir n’est même pas à imaginer, car la vie est faite d’inégalité et le pouvoir ne se place pas entre toutes les mains, seulement à une élite.
Ici, un homme régissait. Un homme avait le pouvoir sur presque tout. Quand un déséquilibre lui déplaisait, il pouvait le régler seul. Ce n’était pas une dictature, mais une tyrannie. Il se souvenait de cet homme comme d’un personnage effroyable, pathétique et rusé. Si rusé qu’il avait joué de lui comme un pantin. Mais lorsque le mannequin se réveilla, une vision affreuse lui venait en regardant ce tyran. Ce n’était même plus un homme, ce n’était même plus un être. Il n’avait même plus d’âme. La souffrance devenait un simple divertissement. L’étudier devint alors un plaisir. Et lorsqu’il la produisait, cela devenait d’autant plus jouissif ! Pouvons-nous rejeter la thèse de la monstruosité de ce personnage ? Oui. Même les pires monstres tels Fenrir, Jörmundgand, Hel, l’Hydre, les Harpies, Cerbères, le Baku, Fafnir, et bien d’autres encore n’effraieraient pas autant une petite fille que ce personnage. Il a entre les mains non le pouvoir, mais quelque chose d’invraisemblable, une force, comme on pourrait la désigner La force de décider de la vie et de la mort de certaines personnes.
Attiré donc par cette puissance incontestable, le monstre était assoiffé de pouvoir et de reconnaissance. Il lui fallait un statut proche de la déité. Il désirait avoir sous son emprise le monde. Et malheureusement, il y arrivait.

Le jeune garçon n’avait plus bougé depuis quelques minutes. La nuit avait atteint la forêt, et il ne pouvait plus voir son reflet dans l’eau. Il se leva, et s’approcha de la rivière. Il essaya tant bien que mal de retrouver dans cette eau son visage, ou plutôt cette trace qu’il porte sur sa joue. Mais rien. Il ne put rien voir. Il s’assit alors en tailleur, et ferma les yeux. Que faisait-il ? Il était possible qu’il s’imaginât à quatre pattes le visage en face de l’eau, et voyait son visage, ce qu’il voulait observer. Ou essayait-il de rêver ?
Il rouvrit vite les yeux. On remarquait sur son visage l’expression de l’effroi, comme s’il venait de se réveiller alors qu’il cauchemardait. Il se leva, se précipita vers le rocher, pris ses affaires qui s’y trouvaient derrière et ne bougea plus. Il resta inerte, et surveilla les alentours. Il avait sûrement entendu le bruissement d’un pas animal, mais il restait tout de même sur ses gardes. Si une personne étrangère l’observait, quelles auraient été les raisons de se dissimuler à travers les buissons ? Aucune, sauf si on lui voulait du mal.

Certain d’être seul, il retourna près de la rivière, qui maintenant été éclairée par la lune qui surplombait la forêt. Il admira le reflet de son visage encore une fois, puis approcha la tête de l’eau. Son nez touchait presque l’eau. Ses yeux se confondirent avec la couleur sombre de l’eau. Il ferma ses yeux, comme s’il se retenait de pleurer. Puis il plongea sa tête dans ce ruisseau. Il attendit quelques secondes avant de la ressortir. Ses cheveux bruns normalement bouclés devinrent lorsqu’ils étaient mouillés lisses. L’eau s’écoulait dans son cou. Elle se glissait même dans son dos. Elle était froide, et pendant la nuit même glaciale. Il avait sa main sur son visage. Il dissimulait ses larmes à travers de multiples tentatives vaines. Il désirait préserver sa fragilité de ce monde si hostile qui l’épie constamment.
Il s’essuya le visage et retourna admirer son reflet une dernière fois. Il n’y voyait plus beaucoup, car un nuage dérangeait la lune dans sa mission d’éclairer la Terre de sa lumière, mais il en voyait assez. Il remarqua la marque de sang, qui n’a pas été lavée par l’eau pure de la rivière. Il constatait ensuite son visage fort dépité. Il ne se reconnaissait pas. Il voyait un personnage perdu, éperdu de désespoir.

Troublé par la découverte d’une personnalité qu’il ne connaissait pas, il s’assit, son dos reposant sur la pierre, et levait la tête vers le ciel. La lune s’était détachée du nuage, et éclairait fortement les lieux. Le garçon commença à pleurer sans rien cacher. Il comprit. Il comprit tout ce qui s’était passé, et gardait en mémoire ces événements terrifiants, qui hanteront sa vie. Mais il savait pertinemment qu’il ne pouvait rien faire, il était incapable. Il était pour lui un incapable. Il resta figé, adossé contre la pierre, à contempler la lune s’envoler dans les ténèbres nocturnes, les larmes ne s’arrêtant pas de parcourir son visage fin.


1 commentaires:

Jd | 21 février 2010 à 20:54

Salut, j'aime beaucoup ce que tu écris. Je viens de commencer un blog, ou je pense poster régulierement des nouvelles. Etant donné que je débute; j'aimerai bien que tu y fasse un tour, et que tu laisse un commentaire sous mon premier article pour me dire ce que tu en pense.
Voila, sur ce, bonne soirée !

Enregistrer un commentaire