Nouvelle rattrapée : Disparaître

Peut-être la plus pessimiste et mauvaise nouvelle que j'ai écrit jusqu'à présent. Il n'en ressort absolument rien. Lisez ce passage à vide si comique que même la mort en pleurerai. (La prochaine nouvelle sera découpée en deux ou trois parties tout au long du mois de décembre, et mettra un terme à la rédaction de ce blog. J'aurai alors tenu ma promesse de 12 nouvelles pour 12 mois. La première partie de la nouvelle finale et en même temps hivernal sera publiée entre 11 et 14 décembre). Bonne lecture

Disparaître

La joie est un sentiment que ce garçon ne ressentait pas. Il arrivait qu’on le vît sourire, mais ce visage n’était illuminé que par une émotion de désespoir et de détresse. C’était comme s’il tentait de cacher sa tristesse derrière ce signe dont il ne comprenait absolument pas le sens. Mais évidemment, qui pouvait voir cette tentative d’être à l’image des autres excepté lui ? On prenait peur dès qu’il esquissait un mouvement de lèvres, on fuyait dès qu’il exprimait son envie de rire, car sa figure narquoise terrifiait et que de sa voix ressortait des sons noirâtres et mauvais. Pourtant ce n’était pour lui rien de cela...

Alors haï de tous pour des raisons inexistantes, on le rejetait là où il se réfugiait dans l’intention de recevoir plus de compassions. Le boulanger, dès qu’il le voyait, prenait son rouleau et l’éjectait de son magasin parce qu’il croyait que l’être malsain allait le voler, et ce même s’il montrait ses trois pauvres pièces et que derrière l’imposant marchand les autres enfants s’amusaient à chiper quelques bonbons. Le confiseur, le boucher, le poissonnier et même le facteur le repoussaient pour les mêmes raisons absurdes.

L’enfant ne trouvait ainsi pas de foyer. Les gens l’abhorraient, qu’ils proviennent des plus grands palaces du monde ou qu’ils tiennent un pauvre bar caché dans une étroite ruelle et animé par des filles les jambes toujours écartées. On le voyait alors dans la rue, près d’un parc, couché au sol comme les autres mendiants. Tous faisaient attention à lui, et pourtant personne ne l’aidait. Les hommes et les femmes, juste en voyant sa mine déconfite, changeaient de trottoir pour éviter cette « chose ». Seuls les autres gamins s’approchaient de lui, mais c’était plus pour se moquer et lorsqu’ils partaient, il s’abattait une pluie de crachats sur le pauvre.

Les jours s’enchaînaient, les mois avançaient et rien de changea. Il était le martyr d’une époque, le châtié d’un temps, le misérable de toujours. Son regard se noircissait, sa vue se troublait, sa vie se consumait. On le trouvait par ci par là, mais jamais on ne le recherchait. Son existence était muette, taboue et sa présence dérangeante, troublante. Ainsi il devint dans les mœurs le désespéré, le perdu.

L’hiver était comme une bataille ardue pendant laquelle la pauvreté voyait le monde tel une guerre où l’unique ennemi était la décision finale. L’attente du soleil et de sa chaleur paraît toujours si longue. La nuit devient hantée par les frayeurs d’un somme ultime. Le combat n’a donc aucun sens. Les couteaux, les épées, les sabres, les arbalètes, les flèches, les arcs, les harpons, les lances, les fusils, les bombes, les fumigènes, rien de cela ne tuera l’unique adversaire, l’impitoyable guerrier : le temps. Attendre, patienter est le dernier moyen de fuir l’affrontement et de survivre au malsain dessein de la saison des froids. Mais toutes ces capacités, toutes ces aptitudes, comment voulez-vous qu’un pauvre gamin puisse les avoir pour survivre ? Comment désirez-vous qu’un enfant mal en point, faible et affamé puisse subsister ?

C’était comme l’avoir enterré que de l’avoir laisser traîner les bancs publics lorsque le froid l’emportait contre le soleil. Maintenant, ce même gamin, qui a vécu l’insulte, la calomnie, souffre du châtiment, du meurtre.

On a donc retrouvé son corps gelé au bord de la mer. Un vieil homme l’emmena à coup de pieds sur sa barque pour le jeter à assez grande profondeur, et voir son cadavre tomber encore plus profondément que l’endroit où la société l’avait jeté.

1 commentaires:

Jd | 4 décembre 2011 à 18:38

tu en as fini avec ton blog ? comment avance ton projet ? ca fait un moment qu'on en a parlé. J'ai repris mon blog après une année d’absence.. au plaisir de te reparler a l'occasion !

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