Nouvelle du mois de Juin : Emilien Juliot

C'est en fin de mois que je poste une autre nouvelle. Bien que je sais qu'il m'en reste encore une à rattraper, celle-ci me paraît assez intéressante car c'est la première fois que je m'intéresse plus au style que de jouer avec la chute. Donc je vous propose de lire un texte très archétype avec un titre très révélateur, car il parlera du personnage appelé Émilien Juliot.

Bonne lecture ! :p

Émilien Juliot

Le sombre destin d’Émilien Juliot ne prédisait pas une mort tragique et fatale comme dans les tragédies graves, mais une souffrance grave lors de son vivant, qui naissait au profond de lui tout au long de sa vie.
C’était pourtant un homme fort aimable. Né d’un père général décédé lors d’une guerre la veille de sa naissance, et d’une mère trop faible pour survivre à l’accouchement qui succomba deux jours après sa naissance, il ne semblait pas pouvoir résister à la mort que quelques jours, voire quelques mois si la chance lui souriait. Mais cette chance même fut le terrible déclenchement de sa misérable vie. Contre toute attente, il survécut.
Il devint alors orphelin et fut interné dans un monastère. Tout au long de son enfance, il apprit avec le soutien de moines les moindres détails de la foi, jusqu’à apprendre quelques centaines de versets en latin. Même s’il n’était pas d’un niveau exceptionnel il semblait promis à un futur des plus savants et aisés. Toutefois, les moines eurent tord de penser cela.

A l’adolescence, Juliot put sortir de son édifice qui lui servait de maison et s’en aller découvrir ce qu’il pensait être le monde comme il l’avait appris. Mais il ne vit pas un pays de papillon mais plutôt une forêt de toile et d’araignées. Toutefois, il s’engouffrait toujours plus dans les méandres de la vie en dehors de l’église.
Émilien s’aventura dans une ville qui lui semblait belle et calme le jour où il y était arrivé et il s’y installa. Par contre, la nuit, ce qu’il ne savait pas, c’était que cette cité tranquille devenait le foyer de tous les vices. Il ne rencontra pas ces compétences nocturnes de son habitat dans un premier temps et ne se douta même pas de son existence. Sa crédulité le laissa croire au petit havre urbain beau et pur et le cantonna à ses prières et à ses chants liturgiques. Seulement au bout de quelques temps, une envie curieuse le força à sortir une nuit.
Ce fut ainsi qu’il fit la connaissance de dame putain, monsieur alcoolique, l’enfant salace, la fille échangiste et l’homme violent. Ce beau monde s’était retrouvé au comptoir du bar démoniaque. Le choc ne fut pas qu’un peu profond : Juliot s’évanouit. Pour le réveiller, on lui servait un verre d’alcool, la dame le réconforta, l’homme lui donna deux frappes dans le dos, le gamin l’insulta. Cette rencontre fut la plus terrifiante pour Émilien, qui ne désirait pas vouloir retrouver ces horreurs une seconde fois. Il s’enfuit donc en direction du monastère, l’unique lieu où il se sentait en confiance car on limitait sa vie à une petite cellule sombre et froide qui n’avait aucune charme pour y vivre. Mais si peu d’affaires le suffisait, tant qu’il n’avait plus à revivre ces événements.

Lors de son évasion, il rencontra un personnage qu’il trouva fort aimable. Celui-ci calma Juliot enflammé par ces mésaventures et brûlé par le verre de whisky qu’un démon lui avait servi dans l’intention de le réveiller. Puis l’être lui demanda s’il pouvait le raccompagner à son monastère. Juliot accepta en hochant la tête.
Ils arrivèrent deux jours plus tard. Émilien s’empressa de frapper à la porte. Le doyen et en même temps le possesseur des lieux (au nom du Pape) ouvrit la porte. Lorsque son regard se posa sur le visage excité d’Émilien la confiance qu’il avait pour le garçon revint à lui. Mais le jeune homme était au contraire affolé et lui raconta ses désastreuses péripéties. Le religieux sembla alors plus dur et plus méfiant mais encore clément pour ce pauvre disciple de Dieu. Toutefois lorsqu’il se rendit compte de la présence du personnage qui accompagnait Émilien, il n’hésita pas à fermer la porte.

Le jeune homme tombait de haut. Il était maintenant dépitée et suppliait le père de le laisser entrer. Mais l’homme lui répondit que la tentation n’arrivait à rien et disparut, retournant à ses affaires.
Émilien Juliot se retourna vers son camarade et vit alors qu’il avait péché. Il avait failli devant le vice le plus vertueux : la gentillesse.

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